La pollution plastique dans les océans grimpe à vue d’œil, marquant un tournant inquiétant avec l’apparition d’un phénomène que les scientifiques appellent la « rouille plastique ». Pour la première fois, on l’a observé en 2016 à Madère, dans l’Atlantique. Cette découverte montre à quel point le plastique s’immisce partout et fait craindre ce qui nous attend pour notre environnement.
Un truc jamais vu : la rouille plastique
La « rouille plastique », c’est le fait que des particules, surtout du polyéthylène, viennent s’incruster dans les roches marines. Les scientifiques l’ont repérée pour la première fois sur les côtes de Madère, en remarquant des roches d’une couleur particulière. En analysant ces roches, ils ont constaté la présence de particules de polyéthylène au niveau moléculaire.
Fernanda Avelar Santos, géologue brésilienne de la Federal University of Parana, explique : « C’est nouveau et c’est terrifiant en même temps parce que la pollution a atteint la géologie. » On note une diffusion mondiale de ce phénomène sur les rivages.
Des chiffres qui font peur sur la pollution plastique
Les nombres associés à la pollution plastique ne trompent pas. 85% des déchets dans l’océan sont en plastique, avec une estimation qui varie entre 75 et 199 millions de tonnes accumulées, incluant des vortex de déchets. Chaque année, environ 10 millions de tonnes de plastique viennent s’y ajouter. Les chercheurs calculent qu’il existe 170 000 milliards de morceaux de plastique à la surface des mers, dont une grande partie se présente sous forme de microplastiques, totalisant environ 2,3 millions de tonnes.
Cette accumulation massive altère les habitats naturels et met vraiment en danger la vie marine, qui peut se retrouver enroulée dans de gros morceaux ou avaler ces minuscules plastiques, contribuant à la pollution des océans. Fernanda Avelar Santos commente : « Nous parlons tellement de l’Anthropocène… le plastique jeté incorrectement devient du matériel géologique. »
Trindade Island : un coin naturel en péril
Une découverte récente à Trindade Island, au Brésil, vient ajouter une nouvelle couche d’inquiétude. On y a retrouvé des roches qualifiées de « plastiglomérats » – un mélange de granules sédimentaires et d’autres débris agglutinés grâce au plastique. Ces formations proviennent surtout de filets de pêche abandonnés sur les plages.
Trindade Island est un lieu fondamental pour la préservation des tortues vertes (Chelonia mydas), qui viennent pondre leurs œufs chaque année. La présence humaine se limite principalement aux membres de la marine brésilienne chargés de veiller sur ces animaux menacés. Pourtant, cette nouvelle forme de pollution pourrait bien bouleverser cet équilibre déjà si délicat.
Se bouger ensemble à l’échelle mondiale
Face à tous ces constats inquiétants, une réponse collective se profile à l’horizon. Depuis un an, 175 pays se sont mis d’accord pour élaborer un traité contraignant sous l’égide des Nations unies afin de stopper la pollution plastique d’ici fin 2024. La prochaine réunion de négociation est programmée pour mai à Paris.
Les spécialistes insistent sur la nécessité de mettre en place un traité ambitieux qui réduirait non seulement la production et l’utilisation du plastique, mais qui améliorerait aussi sa gestion des déchets.








