La vie en ville, c’est souvent le brouhaha permanent : circulation, sirènes, climatiseurs et l’agitation ambiante font partie du quotidien. Alors que ces nuisances nous embêtent, une nouvelle étude nous montre qu’elles influencent aussi certaines araignées. Publiée dans la revue Current Biology, la recherche révèle que ces bestioles réagissent au vacarme de façon étonnamment proche de celle des humains.
Adaptation face au tumulte urbain
Les scientifiques se sont penchés sur des araignées habitant tantôt la campagne, tantôt la ville. Ils ont étudié l’espèce Agelenopsis pennsylvanica — surnommée “Pennsylvania grass spider” — bien présente en Amérique du Nord. Ces araignées, de la taille d’une pièce de vingt-cinq cents, sont reconnues pour leurs toiles en forme d’entonnoir non collantes. Pour l’étude, les chercheurs ont récolté des spécimens dans divers milieux et les ont exposés à différents niveaux sonores pendant quatre jours.
Ils ont découvert que les araignées urbaines fabriquent des toiles qui atténuent les vibrations, alors que celles des milieux ruraux amplifient ces vibrations. Autrement dit, la toile citadine transmet moins les vibrations à l’araignée, tandis que celle des zones rurales se montre plus réactive aux mouvements, facilitant ainsi la détection des proies et des partenaires.
Méthode et résultats en détail
Pour réaliser l’expérience, les chercheurs ont mis en place un schéma en 2 × 2, en combinant des sites de collecte (rural et urbain) et des conditions sonores (calme et bruyant). Les conclusions montrent qu’en présence de vibrations marquées, les toiles rurales retiennent davantage d’énergie sur une plage de fréquences étroite (350–600 Hz), tandis que celles d’en ville dissipent plus d’énergie dans des vibrations de proximité, sur une gamme plus étendue (300–1 000 Hz).
Brandi Pessman, biologiste à l’Université du Nebraska-Lincoln, explique : « Les araignées urbaines et rurales réagissent différemment quand elles se retrouvent dans un environnement bruyant » (Unl), précisant qu’elles dépendent largement des vibrations pour repérer leurs proies. Beth Mortimer, biologiste à l’Université d’Oxford, ajoute quant à elle que le sens des vibrations est souvent sous-estimé dans le règne animal.
Conséquences écologiques et recherches à venir
Ces résultats posent plusieurs questions sur la manière dont ces araignées ajustent leurs toiles pour se protéger du brouhaha ambiant. Les chercheurs envisagent d’approfondir leurs investigations grâce à des enregistrements vidéo et à l’analyse par logiciel de suivi. Ils soupçonnent en effet que ces adaptations pourraient être liées au placement stratégique des points d’ancrage ou à la tension exercée sur la soie.
Cette étude arrive à un moment où le bruit lié aux activités humaines perturbe la transmission d’informations indispensables pour la survie animale, rappelons qu’en 2017, il avait été démontré que le vacarme près des compresseurs de gaz naturel réduisait les populations d’insectes, araignées comprises. L’année dernière, on a même tenté d’utiliser des toiles d’araignée comme microphones sensibles.
Les répercussions sur l’environnement ne sont pas négligeables : si les araignées urbaines se privent de certaines vibrations susceptibles de les aider à repérer proies et partenaires, cela pourrait bien modifier leur manière de vivre et se reproduire.








