L’Association des Constructeurs Européens d’Automobiles (ACEA) a publié en ce mois de février 2025 sa position sur la décarbonation du transport routier de marchandises et de passagers, un secteur clé dans la lutte contre le changement climatique. Alors que les poids lourds représentent une part élevée des émissions de CO₂ en Europe, leur transition vers des technologies zéro émission constitue un défi majeur. Si les constructeurs sont prêts à jouer leur rôle, l’ACEA insiste sur la nécessité d’un cadre favorable, combinant investissements massifs en infrastructures, soutien aux transporteurs et cohérence réglementaire.
Camions électriques : les objectifs de l’UE manquent de support
L’Union européenne a fixé des objectifs ambitieux dans le cadre du règlement (UE) 2024/1610, imposant une réduction drastique des émissions des poids lourds. D’ici 2030, environ 400 000 camions électriques et à hydrogène devront circuler sur les routes européennes, et un tiers des nouvelles immatriculations devra concerner des véhicules zéro émission. Cependant, l’ACEA met en garde contre le manque d’infrastructures de recharge et de ravitaillement, un frein majeur à l’adoption de ces technologies. Aujourd’hui, seules quelques centaines de bornes adaptées aux poids lourds existent en Europe, alors qu’il en faudrait 50 000, dont 35 000 compatibles avec la charge mégawatt (MCS), ainsi que 2 000 stations hydrogène. Sans ces infrastructures, les transporteurs resteront réticents à investir dans des véhicules encore plus coûteux que leurs équivalents diesel.
Au-delà de l’aspect technique, la transition vers des flottes propres est freinée par une réglementation jugée déséquilibrée. Actuellement, l’essentiel des efforts repose sur les constructeurs, contraints d’accélérer la mise sur le marché de véhicules électriques ou hydrogène, sans que des mesures d’accompagnement suffisantes ne soient mises en place pour en stimuler la demande. Le renouvellement des flottes, qui se fait généralement sur des cycles de plusieurs années, avance trop lentement pour atteindre les objectifs climatiques. À ce jour, seuls 2,3 % des camions neufs et 15,6 % des bus urbains sont zéro émission. L’ACEA alerte sur le risque d’un marché déséquilibré où seuls quelques « early adopters » s’engagent, alors que la majorité des transporteurs peine à justifier l’investissement.
Intégrer des critères environnementaux pour inciter l’électrification
L’ACEA plaide pour une approche plus globale et coordonnée, articulée autour de plusieurs leviers. L’un des axes prioritaires concerne le rôle des donneurs d’ordre et des chargeurs, qui doivent être encouragés à privilégier les camions zéro émission dans leurs appels d’offres. En intégrant des critères environnementaux dans les marchés publics et les contrats logistiques privés, la demande pourrait augmenter rapidement. Par ailleurs, des incitations financières adaptées sont indispensables pour accélérer la modernisation des flottes.
L’ACEA suggère une meilleure utilisation des fonds européens comme le Social Climate Fund ou l’Innovation Fund, afin d’aider les transporteurs à investir dans des véhicules plus propres. L’organisation appelle aussi à une harmonisation des politiques fiscales au sein des États membres, notamment en matière de taxation et d’amortissement accéléré des camions électriques et hydrogène.
Un autre levier essentiel réside dans la tarification des infrastructures routières. L’ACEA plaide pour une mise en œuvre rapide de la directive Eurovignette, qui permet aux États membres d’exonérer temporairement de péage les véhicules zéro émission. Actuellement, ces exonérations ne sont possibles que jusqu’en 2025, après quoi une réduction maximale de 75 % sera appliquée, risquant de pénaliser ces véhicules encore fragiles économiquement. En prolongeant cette exonération jusqu’en 2030, les autorités européennes enverraient un signal fort aux transporteurs, les incitant à franchir le pas plus rapidement.








