RSE Magazine
 
RSE Magazine
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager
05/09/2019

​Patrick Hanna : « corriger plusieurs gènes ensemble et uniquement les gènes d’intérêt est un grand défi en biologie ».

La rédaction



Patrick Hanna a validé son PhD en sciences, spécialité génétique à l’université Paris 11. Il travaille actuellement comme un post-doc à l’inserm U 1185 basé dans l’université Paris 11. Le Docteur Hanna a travaillé au cours de sa thèse sur la pseudohypoparathyroïdie (iPPSD).


​Patrick Hanna : « corriger plusieurs gènes ensemble et uniquement les gènes d’intérêt est un grand défi en biologie ».
Pourquoi avez-vous réalisé votre thèse sur le gène GNAS responsable des pseudohypoparathyroïdies ?
 
Je me suis spécialisé en épigénétique lors de ma deuxième année de Master. J’ai commencé à travailler avec le Pr Agnès Linglart comme stagiaire au sein de son laboratoire sur le site de l’hôpital de Bicêtre. Le Pr Linglart m’a proposé un sujet de thèse après mon stage sur le gène GNAS et les maladies responsables de l’altération de ce gène, les pseudohypoparathyroïdies. C’est un sujet passionnant où très peu de choses sont connues. J’ai lu la bibliographie sur le sujet et effectivement il y avait beaucoup d’aspects à explorer.  Donc je me suis lancé dans ma thèse à étudier les pseudohypoparathyroïdies afin de contribuer à la découverte des aspects moléculaire de la maladie afin d’améliorer le pronostic de la maladie et avancer la recherche pour proposer un moyen d’éradiquer la maladie.
 
Pouvez-vous nous expliquer votre domaine de recherche ?
 
Les iPPSDs sont des maladies génétiques qui sont toutes causées par une anomalie dans un gène qui sert à assurer le fonctionnement des hormones, en particulier la parathormone ou PTH. Ces maladies rares affectent la croissance et le développement du squelette. Les anomalies génétiques les plus fréquentes sont situées sur le chromosome 20 dans le gène GNAS qui sert à fabriquer une protéine très importante appelée Gs-alpha. Lorsqu’il existe une mutation sur le gène GNAS, la maladie est appelée iPPSD2. Son ancien nom est la pseudohypoparathyroïdie 1A ou la pseudopseudohypoaprathyroïdie. Lorsqu’il existe une incapacité à produire cette protéine Gs-alpha à partir du gène, la maladie est appelée iPPSD3. Son ancien nom est la pseudohypoparathyroïdie 1B. Comme expliqué juste au-dessus, les iPPSD2 et iPPSD3 sont causées par des anomalies dans le gène GNAS du chromosome 20. Cependant, ce qui est très particulier à ces maladies, et très original, et qui s’ajoute à la difficulté de recherche, c’est que la mutation du gène n’a pas les mêmes conséquences, les mêmes symptômes quand elle se trouve sur le chromosome 20 qui vient de la maman (chromosome maternel) ou sur le chromosome 20 qui vient du papa (chromosome paternel).
 
Vous prévoyez de partir aux États unis pour continuer vos recherches, est-ce dû à un défaut du système français où la mutualisation des compétences à l’international est dorénavant la nature de la science ?
 
Je souhaite faire un Post-Doc pour continuer à travailler sur les pseudohypoparathyroïdies et avancer la recherche afin de pouvoir guérir les patients. Nous travaillons en collaboration avec l’Endocrine Unit basée au Massachusetts General Hospital (MGH) à Boston depuis longtemps. Nous avons collaboré pour la découverte des mécanismes à l’origine des iPPSD, surtout iPPSD3. Nous avons collaboré également pour le travail sur le rôle de Gs-alpha. Ce projet, est un projet commun entre la France et les USA, afin de combiner l’expertise française et l’accès aux techniques et aux plateformes non disponibles en France. La mobilité internationale et les échanges scientifiques sont particulièrement fructueux pour les jeunes scientifiques, qui diffuseront les connaissances acquises et le bagage culturel après leur retour dans leur pays d'origine ou lors d'expériences internationales ultérieures. Je suis convaincu que le fait de vivre dans une autre culture et un autre environnement de travail stimulera mon projet personnel, car il accroît la maturité, la confiance en soi et la prise de conscience qui font partie d’une démarche scientifique internationale.
 
À quel moment avez pris connaissance de l’action de Mme Devernois et de son association K20 ? Comment voyez-vous cette implication des familles tant dans le support humain que matériel ?
 
J’ai pris connaissance de l’action de l’association K20 par le Pr Agnès Linglart au cours de ma première année de thèse. J’ai su que cette association a été créée par Madame Devernois, la maman d’un patient suivi par le Pr Linglart. Cette association a pour but de réunir les familles et les patients atteints des différentes formes de pseudohypoparathyroïdies afin de se soutenir et de faire avancer la recherche. En effet puisque ces maladies sont rares, elles sont mal diagnostiquées. Le site de l’association K20 décrit les maladies et les centres de compétences susceptibles d’aider les patients. Cette implication des familles donne un poids énorme, car en les écoutant parler de leur maladie ou de leurs nouveaux symptômes on pourra avancer la recherche. L’association K20 nous aide à trouver les coûts nécessaires afin de financer mon postdoc. Cette aide mutuelle nous permettra d’avancer dans la recherche sur les pseudohypoparathyroïdies.         
 
Quelle est votre perspective sur les techniques de thérapie génique tel Crispr Cas 9 ? La plupart des maladies génétiques sont-elles possiblement traitables ?
 
Il existe un grand espoir sur la technique CRISPR/Cas9. Cette technique a été utilisée pour soigner des maladies génétiques chez la souris telles que la bêta-thalassémie ou encore la myopathie de Duchenne. Cette technique consiste à couper la partie défectueuse d’un gène et de la remplacer par une partie seine. En théorie c’est simple, mais en pratique il existe beaucoup de questions relatives à l’éthique pour l’utilisation de cette technique chez l’homme, comme l’eugénisme (création d’enfants sur catalogue), ou encore le développement d’armes biologiques capable de cibler une personne ou un groupe. Cette technique doit être maîtrisée afin de la délivrer dans toutes les cellules de l’embryon afin de réduire l’effet mosaïque (modifications génétiques qui ne sont pas exprimées de façon homogène dans toutes les cellules de l’embryon).
 
En théorie, la plupart des maladies génétiques sont traitables. Mais il existe des maladies dites multifactorielles, c’est à dire plusieurs gènes sont impliqués dans la maladie. Corriger un gène est un grand défi en biologie, corriger plusieurs gènes ensemble et uniquement les gènes d’intérêt est un grand défi en biologie. 
 
Les pseudohypoparathyroïdies sont des maladies monogéniques, donc possiblement curables par la technique CRISPR/Cas9.