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04/11/2009

Les salariés et les discours "corporate": rendez-vous manqué?

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Une étude inédite menée par un chercheur en sciences de gestion montre que le salarié, dans les discours des grands patrons, est détrôné par le client et l’actionnaire. Est-ce là le reflet d'une volonté implicite des entreprises de ne pas céder sur la question des salaires ?


Les salariés et les discours "corporate": rendez-vous manqué?

Quelques chiffres pour comprendre...

Le salarié apparaît comme le parent pauvre dans les discours des dirigeants, révèle une étude inédite conduite par un chercheur en sciences de gestion. Celle-ci décrypte les messages des PDG des entreprises du SBF 120, inclus dans les rapports d’activités 2003. Dans les 97 « messages » analysés par Sébastien Point, Maître de conférence à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Besançon, les mots « client », « clientèle », « consommateur » sont présents à 268 reprises. « Actionnaire », « investisseur » bénéficient de 199 citations. En revanche, « salarié », « personnel », « employé », « cadre », « collaborateur » ne figurent que 125 fois. Le peu d'estime accordé au salarié et à la valeur travail, est en réalité symbolisé par l’absence de toute référence au vocable des ressources humaines. « Les termes de compétence(s), savoir-faire ou même talent(s) sont quasiment occultés », indique Sébastien Point.

Parmi les mots employés pour qualifier l’homme au travail, ce sont ceux de « cadre » et de « collaborateur » qui dominent. Le mot « équipe » est cité à 111 reprises. L'emploi de cette sémantique relève plus du domaine du management que de celui de la relation de travail. La figure du salarié disparaît de la rhétorique patronnale. D’ailleurs, souligne Sébastien Point, les messages illustrent « un discours qui se veut prioritairement rassembleur et mobilisateur ». "Tous ensembles", semblent clamer les dirigeants. Le « Je » ne figure qu’à 180 reprises dans les messages. Le « nous » a droit à … 3130 citations.

Le discours patronal français: une situation singulière

Sébastien Point a comparé, en 2002, les messages présidentiels figurant dans les rapports des entreprises du CAC 40 et ceux des groupes du DAX allemand. « Outre-Rhin, c’est une tradition de remercier les salariés en fin de message présidentiel. L'emploi de termes tels que "salariés" et "implication" sont fréquents. En France, seuls trois présidents ont pris ce soin, alors que "les saluts aux actionnaires et aux membres des comités de direction sont monnaie courante », indique le chercheur.

Ces choix sont à l’évidence soigneusement pesés, car les messages sont porteurs de sens. « Les discours sont très révélateurs à la fois de l’état d’esprit des dirigeants et du stade de développement de l’entreprise », souligne Sébastien Point. D’ailleurs, ils répondent aux circonstances. Leur contenu et leur longueur varient au fil des années. Certains sont courts, comme ceux de JC Decaux ou GFI. D’autres sont fort longs comme ceux d’Atos. Certains dirigeants modifient en profondeur la taille, et donc le contenu de leur message. Frank Riboud, PDG du groupe Danone a produit le document le plus fourni en 2004. En 2003, son texte était le plus court des entreprises du CAC 40.

Ces messages s’adressent à un vaste lectorat. « Ce n’est pas un simple exercice de style en direction des seuls actionnaires. Seuls 3 dirigeants intitulent leur texte « lettre aux actionnaires ». Les autres semblent s’adresser aussi aux salariés, aux clients et plus largement à l’ensemble de l’environnement de l’entreprise », indique Sébastien Point. Ce soin apporté à diffuser du sens rend encore plus ostentatoire la relative absence du salarié dans ces textes…



Photo: flickr -cc- Amon-Ra




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