Violences conjugales : la fausse bonne idée de la levée du secret médical

Sébastien Arnaud
21/11/2019


Alors que le gouvernement envisage de proposer la levée de secret médical pour les cas de violences conjugales, cette disposition interroge. Outre la faille dans un principe déontologique sacré, c’est la question de l’efficacité de cette mesure qui est plus que contestable.



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Le secret médical est un principe sacré pour les médecins. Le principe est simple à comprendre, mettre les patients dans une situation de confiance qui facilité les meilleurs traitements. Mais il peut être source de frustration lorsque des situations extrêmes se présentent. C’est pour cette raison que le gouvernement s’est déclaré favorable à sa levée dans les cas de violences conjugales, par les voix de la ministre de la Justice Nicole Belloubet et la Secrétaire d’Etat Marlène Schiappa. La mesure pourrait donc être inclue dans celles qui vont être annoncées la semaine prochaine à l’occasion du Grenelle des violences conjugales.

On comprend facilement la logique de cette prise de position. Après un homicide conjugal, les enquêtes montrent souvent que les médecins étaient au courant. Leur donner la possibilité de saisir le parquet semble alors une solution pour éviter le pire. On peut imaginer la culpabilité et la frustration des soignants d’apprendre que la personne dont ils savaient pertinemment qu’elle était battue est morte.

Mais outre le fait – comme l’a montré le rapport publié par le ministère de la Justice - que dans plus de deux tiers des homicides conjugaux la police était déjà alertée de violences, les conséquences d’une levée du secret médical pourraient être désastreuses. « J’ai la sensation que cette mesure a été avancée par des personnes qui n’ont jamais accompagné de victimes de violences conjugales, déplore le Dr Gilles Lazimi, médecin généraliste, professeur associé en médecine générale à Sorbonne-Université et militant associatif membre de SOS Femmes 93  et du Collectif féministe contre le viol. C’est un débat non pertinent et dangereux, qui va à l’encontre des victimes », poursuit le médecin militant, pour qui la levée du secret médical est « une fausse bonne mesure qui s’avérera contre-productive » rapporte 20 Minutes

Fausse bonne idée évidemment. Car si aujourd’hui les médecins sont au courant des violences et peuvent accompagner les personnes victimes d’emprise psychologique, c’est justement parce que le secret médical existe.