Reconversion des voies sur berges : Paris en sera-t-il vraiment plus écologique ?

Arthur Fournier
05/03/2013


Depuis le 28 janvier 2013, la voie express de la rive gauche à Paris est inaccessible aux automobilistes. La raison ? Des travaux de reconversion commandés par la mairie de Paris sont censés transformer cet espace en un lieu de loisir et de déambulation pour les piétons. La commune considère cette initiative comme une entreprise de valorisation de son patrimoine et de promotion d’une ville plus verte. Ses opposants considèrent au contraire que l’on s’apprête à congestionner dangereusement un centre-ville déjà bien saturé.



Les 4,5 hectares de berges de Seine situés entre le Musée d’Orsay et le quai Branly sont interdits aux automobilistes depuis le 28 janvier 2013. Cette interdiction a vocation à être permanente puisqu’elle est censée permettre la transformation de cette portion du bord de Seine en une zone d’espaces verts, dédiés aux activités sportives et culturelles.
 
À partir du printemps 2013, les Parisiens pourront en effet profiter du fruit des 35 millions d’investissements déboursés par la mairie de Paris pour leur offrir un nouvel espace où assister à des spectacles en plein air, faire un footing ou encore profiter de la terrasse d’un restaurant au bord de l’eau. Pour la commune, ce chantier est une manière de créer des poches de biodiversité en centre-ville. Le premier chantier du projet consiste ainsi en la création d’îlots censés composer un jardin flottant de 1 800 m² un peu en Amon du pont de l’Alma.
 
Toutefois, la caution écologique et bien-être de ce projet de reconversion des berges de Seine est largement contesté par ses opposants. Le Medef s’inquiète par exemple des nouvelles conditions de circulation qu’entraineront l’interdiction des berges aux automobilistes. L’organisation souligne le double impact de la congestion du trafic attendu consécutivement à la réalisation du projet : les heures de travail perdues dans les bouchons du centre-ville d’une part, et une pollution accrue du fait du ralentissement de la circulation d’autre part.
 
L’opposition politique partage les craintes exprimées par le syndicat du patronat. Mais à la mairie de Paris, on rétorque que l’étude de faisabilité du projet conduite par la société Sémaphoes a permis de conclure à un report de la circulation sur d’autres axes de la capitale. La commune anticipe ainsi que le gros des automobilistes empruntera le périphérique pour effectuer ses déplacements. Quant au reste du trafic, on le retrouvera sur les grands boulevards de Paris, tels que le boulevard Saint-Germain, dont certains devront accueillir jusqu’à 1 000. Les répercussions sur le temps de trajets des automobilistes sont donc inévitables, mais limitées : la mairie de Paris avance le chiffre de 3 minutes supplémentaires à l’heure de pointe.
 
Difficile d’introduire un quelconque changement dans le territoire urbain sans provoquer l’ire d'au moins une partie prenante. L’objectif de la mairie de Paris avec cette reconversion des berges de Seine met évidemment la priorité sur les piétons et les riverains. Il s’agit de transformer leur environnement en un espace plus vivable et notamment plus écologique. Nul doute que la vision paisible de quais parcourus par quelques cyclistes sera plus agréable que celle de colonnes interminables de voitures aux heures de sorties de bureau. Pour autant, la composante écologique de ce projet doit encore s’affirmer. Car à l’heure du lancement du projet, un risque demeure : celui de concentrer la congestion urbaine sur certains axes et d’en accentuer les effets. Dans une ville aussi dense que Paris, la politique urbaine se trouve être résolument désarmante de complexité.