La politique engagée de la région du Mont-Blanc concernant le développement du secteur touristique

Paul de Magnitot
24/06/2019


Plus de 18 millions de Français pratiquent la marche en montagne de manière régulière et un tiers se lancent dans des aventures de plusieurs jours. Depuis 4 ans, le nombre de licenciés connaît une augmentation de plus de 3 % par an. Le tourisme de la randonnée est un secteur en pleine expansion. Son potentiel économique est immense, mais se heurte aux valeurs du milieu montagnard : liberté, préservation d’espaces sauvages et authentiques. Le tour du Mont-Blanc est un grand sentier de randonnée européen long de 200 km au croisement de la France, de la Suisse et de l’Italie. Depuis quelques décennies maintenant, le GR témoigne d’une politique axée sur un fort développement du tourisme.



Un business en plein essor
 
L’industrie touristique locale comprend bien l’enjeu économique de ce sentier de randonnée. Chamonix, Courmayeur, Champex : les étapes du Tour du Mont-Blanc sont des stations alpines particulièrement bien placées concentrant une population aisée, encline à dépenser de belles sommes pour des vacances de rêves. Par sa renommée, le « TMB » attire aussi des touristes de toute l’Europe, et même du monde à la conquête des 170 km de marche et des 10 000 m de dénivelé positif.

Le développement du tourisme passe par plusieurs axes. Tout d’abord, de plus en plus de tour-opérateurs proposent des prestations complètes afin d’attirer les clients toujours plus nombreux en quête de confort et de suivi : port du sac à dos, réservations des refuges, demi-pension, guide accompagnant. Les randonneurs n’ont plus qu’à se laisser porter d’étape en étape sur les 170 km autour du plus haut sommet de France. Les formules allant d’environs 600 € pour les moins chères à plus de 1000 € pour les formules version hôtel.

Par ailleurs, « refuge » n’est plus le terme adapté pour une partie des constructions qui défigurent la montagne par leurs dimensions et leur aspect bien loin de la petite cabane de bois perdu dans les sommets. La plupart proposent maintenant des nuits en chambre et possèdent de véritables restaurants intérieurs. La demande augmentant de manière significative, tous les acteurs du tour souhaitent en tirer profit. Pour cela, les refuges développent au maximum leur capacité d’hébergement. Cependant, certains gardent beaucoup de charme et conservent une taille humaine, mais cela se fait rare.

L’Article L. 145-3 du code de l’urbanisme permet ainsi de bâtir « les extensions limitées de chalets d’alpage ou de bâtiments d’estive existants lorsque la destination est liée à une activité professionnelle saisonnière... » Fort heureusement, ces agrandissements sont limités à 20 % de la surface initiale et nécessitent aussi l’accord de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, l’instruction par la commission technique « chalets d’alpage » et bien entendu, une autorisation préfectorale.

La partie du Tour en France, particulièrement accueillante, met à la disposition des randonneurs des aires de campings gratuites avec accès à l’eau, aux poubelles et aux toilettes. Tout en étant respectueux de la nature, cela permet aux campeurs de profiter d’un espace dédié. De plus, le nombre de campeurs potentiels reste limité, car peu de gens s’aventurent sur le TMB en projetant de dormir sous la tente ne serait-ce qu’une nuit.

Cependant, l’Italie et la Suisse n’offrent pas les mêmes infrastructures et interdisent le camping sauvage. Impossible donc d’éviter la nuit en refuge à minimum 20 € la nuit en dortoir sans parler de la demi-pension si vous n’apportez pas votre nourriture. Les tarifs peuvent monter jusqu’à 100 euros avec un dîner et un petit-déjeuner pourtant assez sommaire. La montagne auparavant accessible à tous procède donc à une sélection par l’argent de certains marcheurs.
 
Une contradiction profonde

Toutes ces nouvelles offres qui fleurissent peuvent sembler en contradiction avec les valeurs prônées par les montagnards : liberté, amour de la nature, envie d’espaces authentiques. Avec le développement important de l’économie du tourisme sur ces sentiers, le côté simple et sauvage que recherche certains puristes semble disparaître. Aussi, malgré les efforts des organismes de protections et le comportement adapté du plus grand nombre de randonneurs, les écosystèmes de montagne pourraient subir des conséquences néfastes issues de la saturation de cet environnement : extinction d’espèce, crise de la biodiversité.

L’équilibre entre la protection de l’environnement et le développement du tourisme demeure très sensible et le TMB pourrait bientôt être touché par le « surtourisme » défini par une croissance excessive du nombre de visiteurs qui conduit à une saturation de certains espaces.

Heureusement, une prise de conscience est en cours. Dus à une fréquentation trop importante, de nombreux problèmes éclatent lors de l’ascension du Mont-Blanc : insultes, bousculades encordées, faux guides… L’ascension sera donc limitée à 214 alpinistes par jour à partir de cet été 2019. Reste à voir l’évolution du tourisme sur le TMB ces prochaines années.