La conservation des espèces en voie de disparition doit-elle obéir à un principe de rentabilité ?

Arthur Fournier
26/11/2012


On associe plus facilement la conservation d’espèces en voie d’extinction au panda et au tigre blanc qu’à la protection d’une multitude d’animaux moins médiatisés tels que les abeilles indispensables à la pollinisation ou certaines espèces aux caractéristiques génétiques uniques. Loin d’être les stars du zoo, ces espèces aussi font l’objet d’un effort de conservation tout particulier. Une tache qui représente un vrai défi dans un contexte où malgré des ressources limitées, la conservation des espèces en voie d’extinction connaît aussi ses privilégiés.



La préservation d’une espèce en voie de disparition suppose d’importantes ressources. De l’acheminement de l’animal jusqu’à son lieu d’hébergement au maintien de ce dernier environnement en passant par la confection d’une nourriture adaptée, les coûts de conservation d’une espèce animale s’expriment facilement en million d’euros annuellement. La Chine, qui loue ses pandas géants pendant des périodes de 10 ans, facture ce service 1 million de dollars par ans. Le prix ticket d’entrée pour accueillir cet animal menacé d’extinction est donc extrêmement élevé.
 
Des ressources colossales sont déployées pour la sauvegarde de certaines espèces comme le panda, le tigre blanc ou le béluga. La conservation de ces animaux est devenue une priorité, car elle présente un pouvoir de mobilisation fort. Rien qu’à eux seuls ces animaux suscitent un tel intérêt populaire qu’ils générèrent de véritables marchés de la location de par le monde. Mais cet engouement ne doit pas détourner les efforts de conservation de leur mission première : la protection de la biodiversité.
 
En matière de protection d’espèce en voie d’extinction, un concept apparaît central : celui de l’érosion génétique. Certaines espèces présentent des caractéristiques et des propriétés uniques présentes dans leurs gènes. Tout l’enjeu de la préservation de la biodiversité est de les protéger afin de s’assurer que ce patrimoine génétique, considéré à l’échelle du règne animal, soit préservé et disponible, notamment pour les besoins de la science qui s’en sert pour mieux comprendre la vie et son évolution sur terre.
 
Avec des ressources limitées, le choix des espèces protégé doit donc faire l’objet d’une grande attention. Or aujourd’hui, il n’est pas sur ce que ce choix est toujours favorable à la diversité. En effet, la préservation de certaines espèces stars se fait parfois à une coût tel que cela met en danger les zoos et organismes contribuant à la préservation. C’est le cas du zoo d’Adélaïde en Australie, ou l’arrivée d’un couple de pandas a précipité l’établissement au bord de la ruine.
 
Les ressources liées à la conservation d’espèces en danger sont limitées et contraignent les biologistes à faire des choix. Certaines espèces apparaissent extrêmement onéreuses et peu rentables au regard de l’intérêt scientifique premier que présente leur préservation. Le panda par exemple, présente bien moins d’intérêt génétique que l’orang-outan ou le gorille dont l’homme partage une large partie du patrimoine génétique. Cette multitude d’espèces, plus que quelques espèces stars, représente une richesse qu’il conviendrait de mieux protéger en lui dédiant plus de fonds.
 
Mais plus que de souhaiter la fin de la protection de certaines espèces faute d’intérêt génétique majeur, c’est peut-être véritablement sur la préservation des habitats naturels que l’effort de conservation pourrait gagner en utilité. Car en concentrant cet effort sur des écosystèmes entiers, ce sont des dizaines d’espèces que l’Homme peut espérer préserver indirectement. Or sanctuariser un espace naturel est techniquement indéniablement plus aisé que d'acclimater à la vie sauvage n’importe quel animal élevé en captivité.