L’avenir du gaz de schiste se joue-t-il dans le désert du Karoo ?

Arthur Fournier
11/09/2012


Pays immense situé aux confins du continent africain, l’Afrique du Sud dispose des cinquièmes plus grandes réserves mondiales de gaz de schiste d’après l’Agence d’Information sur l’Énergie. À partir de l’année 2011, l’exploitation de cette ressource a fait l’objet d’un moratoire dans ce pays. Celui-ci s’est conclu le 8 septembre au grand dam des écologistes sud-africains : l’exploitation du gaz de schiste dans la région semi-désertique du Karoo est désormais possible en dépit des mises en garde des associations et ONG. Les décisions à venir du gouvernement sud-africain marqueront, semble-t-il, un tournant dans l’histoire de l’exploitation du gaz de schiste et du débat écologique.



Suite à la fin du moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste dans le désert du Karoo en Afrique du Sud, les compagnies d’extraction ont été invitées à faire part de leur candidature pour valoriser ces ressources. Shell a fait partie des premières compagnies à manifester son enthousiasme à l’idée de prospecter dans le Karoo : la compagnie estime que l’Afrique du Sud diminuerait significativement sa dépendance énergétique grâce à ce gaz d’un genre particulier.
 
Il y a encore quelques années, le gaz de schiste était rarement considéré comme une ressource suffisamment rentable par les pouvoirs publics et les compagnies du secteur de l’énergie. Avec des coûts de prospection et d’extraction supérieurs à ceux des autres énergies fossiles, le gaz de schiste n’intéressait guère les professionnels de l’extraction. Cette ressource non conventionnelle connaît toutefois un regain d’intérêt en ce début de XXIe siècle : fort de l’augmentation généralisée du prix du pétrole et de l’arrivée à maturité de la technique d’extraction dite de fracturation hydraulique, le gaz de schiste a amorcé sa transformation en énergie économiquement intéressante.
 
Dans un sens, l’Afrique du Sud fait ainsi figure de pays pilote à cet égard. En effet, le désert du Karoo est présenté comme un site d’extraction relativement praticable et facile d’accès par les représentants de l’industrie énergétique. Mais l’extraction du gaz de schiste à l’aide de la fracturation hydraulique est d’une part extrêmement polluante et, d’autre part, très gourmande en eau. Aussi économiquement profitable puisse-t-elle être, l’exploitation du gaz de schiste dans le désert du Karoo entre donc en contradiction frontale avec les considérations écologiques qui sont celles des propriétaires terriens de la région, mais aussi des associations, des ONG et des scientifiques qui connaissent cet environnement. Une question récurrente suggère d’ailleurs le caractère aberrant d’éventuels projets d’exploitation : où les compagnies pétrolières vont-elles trouver les millions de mètres cubes d’eau nécessaire à l’extraction dans cette région où les habitants luttent pour satisfaire leurs seuls besoins de consommation en eau ?
 
À l’heure où les considérations environnementales tendent à s’imposer comme une nécessité économique et sociale de long terme, le cas sud-africain interpelle. Est-il possible que près de la moitié d’un territoire à l’écosystème fragile soit offert par les pouvoirs publics à l’industrie d’extraction au risque de menacer les riverains et contre l’avis de la société civile ? C’est pourtant bien vers cette décision, anachronique, que le gouvernement sud-africain a fait montre de se diriger en septembre 2012, invitant de fait les entreprises énergétiques à déposer des demandes de prospection sur quelques 240 000 km² dans le désert du Karoo. Si cette décision venait à se concrétiser, elle constituerait à n’en pas douter un précédent majeur pour le débat énergétique et résolument défavorable défavorable pour la préservation de l’environnement.