Henri Tajfel et l'identité sociale

28/04/2021


Henri Tajfel a développé une théorie de l'identité qui repose sur le cadre de référence culturel et cognitif utilisé par une personne, pour se définir comme individu dans un contexte social (groupe). Cette théorie comprend trois processus fondamentaux : la catégorisation sociale, l'auto-évaluation et la comparaison sociale inter-groupe. Ces différents processus contribuent à expliquer les différentes formes de comportements groupaux, notamment l'apparition des conflits intergroupes.



La théorie de l'identité sociale comprend plusieurs processus. Le processus de catégorisation est le phénomène par lequel toute personne classe et organise son univers social, selon des critères de ressemblances et de différences, afin d'avoir des points de repères qui favorisent son action. La catégorisation sociale doit se voir comme un outil cognitif qui segmente, classe et ordonne l’environnement social. Il permet aux individus d’entreprendre diverses formes d’actions sociales. La catégorisation sociale définit également la place de chacun dans la société. On parle d’appartenance groupale, lorsque les individus se définissent eux-mêmes et sont définis par les autres comme membres du groupe. Le fait de d'établir différentes catégories sociales (catégorisation) va dès lors conduire l'individu à minimiser les différences à l’intérieur de sa catégorie et de maximiser la différenciation vis-à-vis de la catégorie d’opposition. On s’attend ainsi à ce que le groupe dans lequel on se catégorise ait une perception de la réalité en accord avec la nôtre. L'appartenance à un groupe défini permet ainsi d'aider les individus à établir une évaluation de soi (c'est-à-dire une auto-evaluation). En effet, l’identité sociale peut se définir comme la partie du concept de soi d’un individu qui résulte de la conscience qu’à cette personne d’appartenir à un groupe ainsi que la valeur émotionnelle qu’il y attache. Selon cette logique, l'individu va rechercher l'appartenance à un groupe dont l'identité est perçue comme étant distincte et positive, dans l'optique de protéger son estime de soi. Les individus sont donc avant tout motivés par le besoin de donner du sens au monde social et physique qui les entoure et de renforcer leur estime de soi. Ils vont donc s'orienter vers une identité sociale qui leur apparait positive. Mais la valeur de leur identité sociale dépend avant tout de mécanismes de comparaisons sociale entre groupes. En effet, les aspects positifs d'une identité sociale ne peuvent prendre leur sens que par le phénomène des relations inter-groupes, et donc, par le jeu de la comparaison à d'autres entités (endogroupe versus exogroupe).

L'individu et le groupe d'appartenance

Appartenir à un groupe social soumet plus ou moins fortement les membres du groupe à des pressions normatives qui contraignent parfois les personnes à modifier leurs attitudes, leurs jugements ou leurs comportements pour adopter celles et ceux du groupe d’appartenance. En cas de réticences ou de refus, l'individu récalcitrant peut risquer l'exclusion de son groupe d'origine On parlera alors de conformisme pour qualifier cette démarche d’adaptation nécessaire de l’individu aux caractéristiques de son groupe qui peuvent l'amener à renoncer à une partie de son identité personnelle, voir à certaines de ses valeurs, face à la pression sociale exercée par son groupe. Pour toute personne, en effet, l’intégration dans un groupe ne va pas de soi. Elle est un élément essentiel pour se construire une identité sociale. Elle participe à la construction de soi. Identité individuelle et sociale sont par conséquent étroitement liées.

Néanmoins, dans certains cas, identité personnelle et identité sociale peuvent difficilement se rejoindre, et vont conduire l'individu à chercher à améliorer le statut de son groupe social d'origine ou à le quitter, afin de conserver son estime de soi.

Les comportements en cas d'insatisfaction

Lorsque l’identité sociale est non satisfaite, l'individu va chercher à mettre en œuvre des comportements, visant à rendre son groupe plus positif ou tenter de changer de groupe. Une personne peut en effet juger inadéquate l'identité de son groupe, car celui-ci ne lui procure plus une estime de soi suffisante, à la suite d'un changement de statut (déclassement) ou de situation (mauvaise réputation).

Dès lors, plusieurs alternatives cognitives sont perçues comme possibles. En effet, l'individu concerné a à sa disposition plusieurs stratégies de changements sociaux qui peuvent lui permettre de conserver son estime de soi.

La première stratégie est désignée par le terme de « mobilité individuelle». Si un individu considère que son groupe d’appartenance lui confère une identité sociale négative, il peut décider de quitter ce groupe pour en rejoindre un autre ayant un statut plus élevé. Cette stratégie n’apporte aucun changement au statut du groupe. La mobilité individuelle va donc nécessiter un processus de dés-identification envers le groupe d’appartenance. Il s'agit donc d'une action individuelle et non groupale, qui ne sera possible que si le groupe initial de l'individu accepte son départ, et que le nouveau groupe consent à l'intégrer comme nouveau membre.

La deuxième stratégie vise à comparer l'endogroupe à l'exogroupe sur une nouvelle dimension non encore explorée qui permet de mettre en valeur le groupe d'appartenance sur un nouvel attribut qui lui est plus favorable (nouveau critère).

La troisième stratégie consiste à changer les valeurs attribuées aux caractéristiques du groupe auquel on appartient, de manière à ce que la comparaison soit désormais profitable à son groupe d'origine (changement de référentiel en termes d'évaluation).

H. Tajfel propose une dernière stratégie qui consiste, cette fois, à comparer son groupe d'appartenance à une autre formation (exogroupe) de plus faible prestige (statut inférieur), de manière à ce que la comparaison soit désormais profitable à l'endogroupe .

Conclusion

La théorie de l’identité sociale s’inscrit dans la perspective de l’étude de  l'appartenance sociale à un groupe et des conflits intergroupes. Elle postule que la seule catégorisation en deux groupes distincts entraîne la survalorisation des dimensions de son propre groupe (endogroupe) et la discrimination à l’encontre de l’autre groupe (exogroupe), afin de mieux différencier son groupe. L’enjeu de la différenciation est de créer une identité collective positive, résultant d’une comparaison intergroupe favorable à l’endogroupe, permettant à l'individu de mieux se définir et d'augmenter son estime de soi . Dès que l'identité sociale n'est plus satisfaite, l'individu cherchera soit à quitter son groupe pour en rejoindre un autre de statut plus élevé, soit à améliorer les caractéristiques de son groupe d'origine.

Pour aller plus loin

Tajfel, H., "Social identity and intergroup behaviour", Social science information, 13(2), 1974, p. 65­-93.
Tajfel, H., " Social categorization, social identity and social comparison",  In Tajfel, H. (eds). Differentiation between social groups: studies in the social psychology of intergroup relations: 61-67. Academic Press Inc., New York, 1978.
Tajfel, H., "The achievement of group differentiation", In Tajfel, H. (eds). Differentiation between social groups: studies in the social psychology ofintergroup relations: 77-86. Academie Press Inc., New York, 1978.
Tajfel. H., Human groups and social categories: studies in social psychology, Cambridge university press, 1981.

Note: