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10/10/2019

Pauline Clance: le syndrome ou complexe de l'imposteur




Le terme « Syndrome ou complexe de l’imposteur » a été étudié par Pauline Clance et Suzanne Imes. Le sentiment d'imposture est lié à un sentiment profond qui amène des individus à douter de leurs compétences et réalisations personnelles. Cette pathologie va alors conduire les personnes concernées à attribuer le succès qu’elles obtiennent, non pas à leur propre mérite mais à des facteurs extérieurs. Pour ce faire, l’individu par crainte d’être démasqué va mettre au point des stratagèmes qui vont avoir pour effet de le conforter dans ses doutes et ses inquiétudes.


Quand la reconnaissance ne va pas de soi

En règle générale, l’individu classique va rechercher des marques de gratification ou de reconnaissance liées à son travail, sources de satisfaction personnelle et de valorisation sociale. Il souhaite que le travail réalisé puisse être reconnu par son environnement.

Dans le cas du syndrome de l’imposteur, les sujets concernés rejettent plus ou moins systématiquement l’idée de mérite. Ils vont en effet attribuer à la réalisation d’une réussite (reconnaissance sociale et sociétale), des éléments qui ne relèvent pas de leurs qualités personnelles. On parle ici de pathologie, dans la mesure où cette crainte est permanente et relève avant tout d'une perception biaisée de la réalité et non de situations réelles d'imposture (fausse identité, manipulation, mensonges avérés). Le sentiment d’imposture se manifeste généralement chez des gens a priori performants mais conscients de leurs limites, avec un manque réel d’estime de soi. 
 
Pour ce faire, l'imposteur auto-déclaré, par crainte d’être démasqué va mettre au point des stratégies de défense, visant à préserver son estime de soi,  en ayant recours à des mécanismes proches du perfectionnisme, de l'auto-handicap ou de l'esquive. Ces stratagèmes vont avoir comme effet de le conforter dans ses doutes, avec l'instauration d'une spirale négative fondée sur la peur de l'échec.

L'art de la dissimulation

On note très souvent chez les personnes sujettes à ce syndrome, la tentation d’investir du temps et des ressources par rapport à la tâche demandée (overdoing). Cet excès de travail vise à compenser le manque perçu de compétences par une forte implication dans son travail. L'imposteur auto-proclamé cherchera ici à substituer la norme "travail" à la logique "compétences", par crainte qu'on révèle ses insuffisances. Un tel engagement, outre ses effets psychologiques (isolement, culpabilité, stress) peut nuire à la santé de l’individu et entraîner des risques d'épuisement professionnel (burn-out).
 
Une autre stratégie est de recourir à l’auto-handicap, en mettant en avant des obstacles, freins susceptibles de contraindre la bonne réalisation du projet (underdoing). Si cette démarche  évite la confrontation, elle réduit les potentialités de réalisation et renforce l'absence de confiance en soi.
 
Ces stratégies ont comme point commun d'empêcher d'établir des liens entre le succès et les qualités de l'individu (personnalité, compétences, expertises, connaissances). Elles évitent d'associer les résultats à des déterminants personnels qui pourraient embarrasser "l'imposteur", en révélant sa supposée incompétence. Ces stratagèmes visent par conséquent à attribuer la réussite du projet à d'autres facteurs, comme l'excès de travail (efforts) ou le hasard.

L'esquive ou l'acte ultime

La personne sujette à cette forme de complexe se trouve régulièrement en situation de "tensions". Elle se sent en constante justification. Cette fragilité peut s'avérer délicate, lorsque la personne n'est plus en mesure de contrôler la situation et doit même la subir. Faute de réponses ou d'arguments convaincants, certains acteurs, à bout de forces, peuvent dès lors préférer l'esquive, au moment de rendre des comptes.

Cette situation se produit lorsque l'individu n'a pas le temps de mettre en place des stratégies défensives et se trouve confronté au regard de l'Autre. L'individu se retrouve alors en situation d'impulsivité dysfonctionnelle (désordre du contrôle des émotions avec nécessité de réponse rapide). On entend par "impulsivité dysfonctionnelle", une situation de décision qui sort du cadre des logiques classiques. Elle amène l'individu, face à l'échéance à adopter un comportement déviant, qui peut parfois s'avérer déroutant pour l'entourage.
 
En effet, face à la perspective de devoir assumer une situation favorable qu'il juge disproportionnée, le stress, l'anxiété, voire la honte peuvent s'emparer de l'individu. La personne désignée ne se sent pas capable de jouer le rôle qu'on lui impose. La peur de perdre la face, d'être démasqué lors d'interactions, peut alors le conduire à fuir (absences, arrêt maladie, vacances prolongées) ou à sortir définitivement du jeu de manière parfois irraisonnée (démission).

Conclusion

Le traitement de cette pathologie fréquente est complexe, dans la mesure où l'individu concerné va chercher à dissimuler ce qu'il est et ce qu'il pense vraiment (refus du jugement, questionnement, peur de l'échec), en émettant un doute permanent sur ses compétences réelles. La frontière entre le vrai et le faux devient dès lors difficile à analyser. De manière générale, il convient pour ce type de profil, de l'aider à retrouver de la confiance et lui faire prendre conscience de sa valeur. La meilleur façon de combattre le sentiment d'imposture est donc déjà d’en parler, en prenant conscience que ce type de problème peut s'analyser et s'expliquer et ne relève pas d'une maladie grave. Il convient aussi de mettre en avant des qualités distinctives, preuves à l'appui, tout en l'aidant à relativiser la notion de valeur et d'échec. L’imposteur auto-déterminé a tendance à sur-estimer les compétences des autres. Il est donc important de relativiser les forces et faiblesses de chacun. La réalité se trouve dans un juste milieu. L'approche incrémentale à travers la fixation d'objectifs modestes et de bilans intermédiaires est également de nature à surmonter les obstacles psychiques de la personne, en lui permettant de continuer à avancer et progresser.

Pour aller plus loin

*Clance P.R., Imes S.A., « The imposter phenomenon in high achieving women: Dynamics and therapeutic intervention », Psychotherapy Theory, Research and Practice, vol. 15, no 3,‎ 1978, p. 241–247.
Clance P.R, Le Complexe d'imposture : Ou Comment surmonter la peur qui mine votre sécurité, Flammarion, 1992.
*Meier O. et al., "Le rôle de la norme dans la performance individuelle des salariés", Revue des Sciences de Gestion, 2, n°296, 2019, p. 11-22.
*Meier O., Barabel M., "Syndrome de l'imposteur: quand la modestie devient pathologique", Management, Juillet-Aout, 2012, p..272-273.
*Meier O., Barabel M., Manageor, Dunod, 2015.





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