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29/07/2013

Thomas Peaucelle : « l’efficacité énergétique, en attendant la transition »




Ingénieur de formation, Thomas Peaucelle n’en reste pas moins attentif aux enjeux sociaux et économiques qui gravitent autour des questions technologiques. Pour le Directeur général délégué de Cofely Ineo – filiale de GDF Suez spécialiste des réseaux électriques –, le succès de la transition énergétique tient en quelques mots : technologie, pluridisciplinarité, et révolution des usages.


Thomas Peaucelle - Directeur général délégué de Cofely Ineo
Thomas Peaucelle - Directeur général délégué de Cofely Ineo

Thomas Peaucelle, quel est le rôle du stratège que vous êtes chez un spécialiste de l’efficacité énergétique comme Cofely Ineo ?

Thomas Peaucelle : Il y a dans mon métier deux aspects originaux. Le premier consiste à anticiper, deviner quels seront les marchés, les technologies, les entreprises gagnantes de demain. Ce travail permet ensuite à l’entreprise d’adapter sa position en conséquence afin de mieux saisir les opportunités.
 
La fonction de stratégie recoupe également un second rôle. Celui de la mise en connexion des situations diverses, des hommes, de pouvoir identifier, pour un problème ou une demande nouvelle, les meilleurs rapprochements de technologies, d’équipes, de mode contractuel. La stratégie et l’innovation doivent sans cesse rapprocher ce qui apparemment n’avait pas de raison de le faire permettant ainsi à l’entreprise de répondre aux opportunités. Car celles-ci ne profitent jamais à l’entreprise si on ne sait pas quoi en faire !

Quels sont, selon vous, les grands enjeux technologiques, économiques, voire sociaux, de l’efficacité énergétique aujourd’hui ?

Thomas Peaucelle : C’est une vaste question. La question énergétique se trouve au cœur de tous les grands problèmes de société contemporains. L’urbanisation, la densification de la population, la raréfaction des ressources : toutes ces tendances ont pour point d’achoppement commun la disponibilité de l’énergie. Parce que l’énergie est la ressource qui met la ville et la société en mouvement. Parce qu’on ne peut pas priver six milliards d‘individus d’aspirer vivre comme le milliard d’habitants de nos pays développés, la consommation d’énergie augmente et que nous devons redéfinir les conditions d’utilisation et de partage de l’énergie disponible. Et parce que la découverte de la finitude de nos moyens de production d’énergie remet en question notre façon de la produire.
 
Parallèlement à cela, on assiste à la convergence de deux véritables révolutions : l’une énergétique, l’autre numérique. Les besoins en énergie vont en augmenter le coût jusqu’à ce que les énergies renouvelables deviennent ainsi de plus en plus rentables. Les procédés de stockage de l’énergie se développent. Du côté énergétique, on voit donc se développer une diversification des sources de production susceptible d’aider aux réponses aux questions que nous avons soulevées plus tôt. Du côté du numérique, enfin, des solutions de pilotages plus étroits de la consommation apparaissent. L’utilisation des technologies dites intelligentes permet d’adapter progressivement les flux d’énergie au besoin réel des citoyens et de mieux rapprocher production et consommation. Bref, nous allons vers plus de productions décentralisées d’énergie renouvelables, plus de possibilités de stockage  et un meilleur pilotage des réseaux et des consommations.
 
Une profusion de solutions énergétique apparaît donc aujourd’hui qui vont toutes vers une décentralisation des décisions  permettant leur pénétration dans la société et le développement d’une régulation par les usages. Cela constitue pour moi l’enjeu le plus important de notre époque car elle rend le citoyen acteur de la révolution énergétique à venir.

Comment les grandes métropoles peuvent-elles, déjà aujourd’hui, aborder la question de la transition énergétique ?

Thomas Peaucelle : Dans la mesure où le citoyen est impliqué, il est logique que les Pouvoirs Publics se préoccupent de la question énergétique : celle-ci va devenir une question de plus en plus liée à la politique des territoires. La réponse des grandes villes à cette problématique se décline déjà principalement de deux façons. Le bâtiment, tout d’abord, et le transport, enfin, sont deux problématiques résolument urbaines et les responsables publics prennent désormais conscience que la manière de les traiter a un impact énergétique très fort. Ces deux aspects sont les postes les plus importants de la facture énergétique de nos pays développés.
 
Concernant le bâtiment par exemple, j’aimerais citer l’exemple du projet que Cofely INEO développe à Toulouse, Smart ZAE. Il s’agit d’un projet de smart grid à l’échelle d’une zone d’activité économique, équipée en moyens de production d’énergies renouvelables, de stockage et de gestion rationnelle de l’énergie. Le projet financé par l’ADEME dans le cadre des investissements d’avenir a pour ambition de montrer que l’optimisation des emplois et des ressources énergétiques rend quasiment possible l’autosuffisance d’un site industriel. Il s’agit d’un chantier témoin.
 
Au sujet des transports maintenant, on remarque que des solutions innovantes sont applicables et appliquées partout. Saviez-vous que dans une ville comme Paris, entre 20 et 30 % des véhicules en circulation au moment où nous parlons cherchent en fait une place de stationnement ? Cet exemple évocateur montre deux choses. Premièrement, que résoudre de simples problèmes pratiques comme le stationnement permet de faire considérablement décroître la facture énergétique d’une ville, et donc d’un pays tout entier. Deuxièmement, que la gestion des flux liés aux transports est une source d’amélioration majeure et une pratique transposable à toutes les échelles urbaines, car tout ce qui peut contribuer à fluidifier le trafic permet de réaliser des économies.

Vous prônez une approche systémique de votre métier, en mariant volontiers des domaines comme l’écologie urbaine, l’ingénierie électrique, les transports... A-t-on aujourd’hui, selon vous, suffisamment intégré cette vision systémique du développement durable ?

Thomas Peaucelle : Culturellement, non. Même si en France désormais, beaucoup de personnes prennent désormais la mesure du caractère englobant du problème. Le fait est que ces questionnements autour de l’énergie sont encore relativement nouveaux dans notre société. Il est encore difficile de traduire cette conscience en acte, car cela suppose une transversalité des compétences, des domaines de responsabilités, des moyens. Cette transversalité est encore peu répandue dans le monde professionnel, académique et technique en général même si d’importants progrès ont été réalisés.
 
Lorsque j’étais élève ingénieur, on ne parlait par exemple de l’énergie que comme d’une donnée physique, postulant qu’elle était inépuisable et abondante. Nous étions thermiciens, électriciens, etc… Aujourd’hui, le paradigme énergétique change progressivement. L’énergie devient un terrain de réflexion en soi pour les techniciens et les ingénieurs. Mais, il faut aujourd’hui aller plus loin : mélanger les cultures d’ingénieurs, de sociologues, de psychologues, d’économistes…

Comment, d’un point de vue purement opérationnel, pilote-t-on les grands projets liés à l’efficacité énergétique chez Ineo ?

Thomas Peaucelle : Nous avons justement pour objectif de favoriser le plus possible la transversalité dont nous parlions. Cofely Ineo se montre particulièrement sensible à cette question, car nous pensons qu’il n’y a que comme cela aujourd’hui que l’offre d’un spécialiste peut faire la différence auprès de ses clients.
 
L’entreprise a toujours conçu des systèmes énergétiques, des installations électriques dans l’objectif de faire diminuer les consommations. Cela a toujours fait partie de notre proposition de valeur, mais cette démarche s’est depuis structurée, objectivée. Nous cherchons à redéfinir nos systèmes par la définition des usages auxquels ils sont destinés. Nous nous rapprochons du design de services comme le fait l’industrie du numérique, pour concevoir des prestations sur mesure. Nous faisons travailler de concert nos différentes entités sur des missions qui se ressemblent rarement mais s’enrichissent dans cette collaboration permanente.
 
Cela suppose de savoir réinventer quotidiennement les complémentarités entre nos différents métiers. Mais ce faisant, l’utilité de nos prestations n’est jamais à démontrer : elle coule de source puisqu’elle répond toujours à un besoin formulé par le client.

On vous prête régulièrement des qualités de fin prospectiviste. Que voudra dire « efficacité énergétique », selon Thomas Peaucelle, d’ici 10, 20 ou 30 ans ?

Thomas Peaucelle : Je dirais que d’un point de vue technique, l’énergie de demain sera le résultat de beaucoup plus de numérique. Cela permettra aux citoyens de redevenir acteurs de leurs consommations. En d’autres termes, cela favorisera l’apparition de nouveaux usages. Je pense que c’est désormais du côté des hommes, de leur rapport culturel à l’énergie que le changement interviendra à moyen et long termes. Au cours des prochaines décades, les innovations majeures en matière énergétique ne seront donc pas technologiques, mais humaines et intellectuelles. L’efficacité énergétique, en attendant la transition, ne pourra s’accomplir que de cette façon.





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