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07/06/2017

Soros, bienfaiteur mal intentionné ?

La rédaction



Il y a quelques semaines, nous annoncions la publication d’un ouvrage consacré aux réseaux Soros en Afrique : « Les réseaux Soros à la conquête de l’Afrique ». Le livre s’attache à décrypter, sur la base de l’exemple africain, le système d’influence de George Soros, l’homme aux deux visages : le philanthrope, défenseur des libertés fondamentales et des droits de l’Homme, et le businessman, spéculateur et investisseur redoutable. Les auteurs, Stéphanie Erbs, Vincent Barbé et Olivier Laurent, ont accepté de répondre à nos questions sur ce livre qui, au-delà des questions d’actualité, pose une problématique fondamentale : la philanthropie est-elle louable dès lors que les intentions qui l’animent le sont moins ?


George Soros est connu pour son action en faveur de la démocratie et des libertés : une démarche qui ne vous semble pas tout à fait désintéressée ?

En effet, les fondations Soros sont très actives en matière de promotion de l’éducation, de la presse ou encore du débat civique en Afrique : démarche dont on ne peut que saluer les effets bénéfiques. Toutefois, cette action est orientée puisqu’elle contribue à alimenter des mouvements citoyens concourant à déstabiliser les gouvernants contestés par le système américano-atlantiste. Les organisations soutenues par Soros ont ainsi joué un rôle non négligeable dans la chute du Président Compaoré au Burkina Faso ; il est aujourd’hui actif contre Joseph Kabila, Paul Biya ou encore Ali Bongo, critiqués par les Etats-Unis pour leur volonté de se maintenir au pouvoir. A contrario, Soros a soutenu l’accession au pouvoir des candidats issus du « système » comme Ellen Johnson Sirleaf et Alassane Ouattara, proches de George Soros, des Etats-Unis et de l’ONU. Il a également soutenu Alpha Condé, autre produit de l’exil. L’actualité guinéenne montre d’ailleurs que ces soutiens ne sont pas sans intérêt pour Soros : la réforme du code minier national orchestrée par Condé, avec l’aide de conseillers proches de Soros, a abouti notamment à la résiliation de la concession sur le gisement de Simandou de Benny Steinmetz, vieil ennemi de Soros. Au demeurant, Benny Steinmetz vient de déposer plainte contre Soros, qu’il accuse d’avoir orchestré une campagne de diffamation contre lui dans le dossier Simandou.

Georges Soros
Georges Soros

A propos du secteur minier, les industries extractives vous semblent particulièrement illustratives des contradictions entre l’engagement philanthropique de Soros et ses affaires : en quoi offrent-elles un bon exemple ?

L’action de Soros dans les industries extractives est riche en contradictions apparentes. En matière d’environnement, par exemple, on peut citer le cas de Vitol, qui en 2016 s’est trouvé au cœur d’un scandale lié à la commercialisation de carburants toxiques sur les marchés africains. L’affaire n’a pas découragé Soros, qui pourtant soutient de nombreuses ONG actives sur les questions environnementales, d’investir dans la société via le fonds Helios Investment Partners. En matière de liberté et de droits de l’homme également, on peut s’étonner que Soros, qui soutient ces causes via de nombreuses ONG qu’il subventionne, soit actionnaire d’Acacia Mining, branche africaine de Barrick Gold, accusée de favoriser l’expulsion de populations locales et incriminée à plusieurs reprises pour l’emploi abusif de la force sur ses sites miniers. Sans compter la question de la transparence et de la bonne gouvernance : George Soros ne semble avoir aucun scrupule à investir dans des sociétés (comme Oando ou Eland Oil & Gas) ou collaborer avec des compagnies (Vitol...)  qui n’adhèrent pas à l’Extractive Industries Transparency Initiative (EITI), qu’il a pourtant lui-même contribué à créer dans l’objectif de contraindre les industries du secteur extractif à plus de transparence. Sur le même sujet, on peut également signaler que George Soros utilise pour certains de ses investissements africains différents fonds pilotés par le Soros Fund Management (SFM), organisation dont l’opacité est régulièrement dénoncée, alors que dans le même temps, il a été l’un des fervents partisans de l’adoption du Dodd-Franck Act, qui oblige les fonds à plus de transparence - loi que, au demeurant, Donald Trump envisage aujourd’hui d’abroger.

Vous évoquez Trump : Soros a été l’un des soutiens les plus actifs d’Hillary Clinton, il est aujourd’hui l’un des plus ardents détracteurs de Trump. Quelles sont les motivations de cet engagement politique ?

George Soros a effectivement activement soutenu Hillary Clinton lors de la présidentielle de 2016 : des 25 millions de dollars levés par le super PAC soutenant la candidate, plus de sept venaient de George Soros. Il est vrai qu’Hillary Clinton est très intégrée aux réseaux de George Soros, qui pouvait donc espérer qu’elle irait dans le sens de ses intérêts. D’ailleurs, des mails divulgués par WikiLeaks suggèrent qu’à l’époque où elle était secrétaire d’Etat, George Soros, généreux donateur de la Fondation Clinton, aurait bénéficié d’une écoute privilégiée de la part d’Hillary Clinton. Avec Trump, Soros craint que le soft power américain qui jusqu’ici a si bien servi ses intérêts ne soit mis à mal. Soros a soutenu de nombreuses actions anti-Trump comme la Marche des femmes, organisée au lendemain de l’élection de Trump pour promouvoir les droits des femmes, la réforme de l'immigration et les droits LGBT ; il serait également derrière l’ONG anti-corruption CREW, décidée à assigner le Président Trump en justice au motif qu'il perçoit des revenus de pays étrangers, ce qui serait contraire à la Constitution. A son habitude, Soros s’abrite ainsi derrière des causes apparemment légitimes pour tenter de déstabiliser un régime contraire à ses intérêts. Ce faisant, il se montre au demeurant peu respectueux du résultat des urnes, lui qui pourtant se pose en ardent défenseur de la démocratie partout dans le monde.




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