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14/09/2011

Le modèle mutualiste est-il menacé?

Mélanie Moniet



Le mouvement mutualiste tire ses origines des situations difficiles vécues par la population au XIXème siècle. Les premières associations se sont formées sur les initiatives des citoyens, décidés à se rassembler pour sortir ensemble de la misère. Une option presque efficace qui, pourtant, ne tardera pas à susciter des réformes en Europe.


Le modèle mutualiste est-il menacé?
La mutualité dans l’Histoire

La naissance du mutualisme reflète le besoin des citoyens à affronter ensemble les difficultés quotidiennes, en se mettant sur le même rang. Fraternité et solidarité sont les maîtres mots de ce mouvement qui, lors de l’époque du libéralisme de Thermidor, se voit développé par l’aspiration à un « collectif » plus efficace. Influencée par le concept fédéraliste de Proudhon, la mutualité multiplie très vite le nombre de ses adhérents, pour atteindre plus de 3 millions de membres à l’aube du XXème siècle. Le mutualisme consiste en un engagement civique, où l’égalité est mise à l’honneur. Entre mutualité et syndicalisme, la fracture ne tarde pourtant pas à se dévoiler. Les organisations professionnelles, dont les sociétés d’assurances, se tournent vers un concept individualiste, basé sur la finance, tandis que les mutuelles tendent à mettre l’accent sur la solidarité. En 1945, le syndicat se voit confier le régime de sécurité sociale, qualifié d’ « universel » par le CNR ou Conseil national de la résistance. Le mouvement mutualiste s’essouffle alors.

« Solvabilité 2 »… Le chamboulement du monde mutualiste

Les lignes « Solvabilité 2 » reflètent explicitement la remise en question de la valeur mutualiste. De nouvelles règles seront imposées aux sociétés d’assurances d’ici 2013, basées notamment sur la protection des consommateurs. La directive a été mise en place afin d’instaurer un monde assurantiel plus compétitif sur le marché international, avec un accent mis sur la capitalisation. Gestion, fonds propres, informations, contrôle figurent parmi les grandes lignes du projet. Un plan d’action qui, au-delà d’un programme d’optimisation technique, consiste en une standardisation de la filière, sans tenir compte du réel concept mutualiste. Face à cette nouvelle directive, l’univers social solidaire se retrouve automatiquement chamboulé. Selon les estimations, une augmentation des tarifs, de 10 à 20% est à prévoir. Les mutuelles ne disposent pas toutes des moyens nécessaires pour se conformer à la règlementation.

Une dynamique solidaire efficace

Si la nouvelle directive profite à diverses organisations professionnelles, les mutuelles se trouvent obligées de s’écarter de leurs réelles ambitions. Face aux besoins financiers qui accompagnent ces lignes nouvelles, le « collectif » passe désormais au second plan, afin d’assurer les moyens nécessaires à la conformité. Les coûts de la santé augmentent automatiquement, et selon le professeur Olivier Pastré, la « Solvabilité 2 » éliminera probablement bon nombre d’emplois. Face à ce projet de standardisation, le mouvement mutualiste compte néanmoins renforcer son principal atout : la solidarité. Plusieurs organismes mutualistes se sont déjà formés, ayant l’ambition de faire renaître la vraie signification du « social ». Le sociologue Alain Caillé, dans le manifeste de l’Institut Polynyi France, met l’accent sur la relance d’une « dynamique démocratique d’ensemble » efficace. En 2010, lors de l’événement de la FNMF à Biarritz, le mouvement mutualiste a déjà signé un pas vers un concept plus solidaire, en remplaçant le terme « client » par « adhérent ».






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