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28/05/2013

L’écologie et la politique : des paradoxes contre-productifs.

Editorial proposé par Pierre-Marie Meunier



Des faucheurs d’OGM aux militants anti-nucléaire, en passant par l’opposition à l’exploitation des gaz de schiste, les mouvements et mouvance écologistes sont régulièrement perçus comme une force d’opposition irréductible à tout ce que d’autres considèrent comme le progrès technique. Mais assimiler l’écologie à une certaine forme d’obscurantisme n’est-il pas forcer le trait, sans considération pour les enjeux environnementaux, sociétaux et humains que ce combat implique ?


L’écologie et la politique : des paradoxes contre-productifs.
La loi d’amnistie sociale, telle que voulue par la gauche de l’actuelle majorité, ne verra probablement jamais le jour sous sa forme actuelle, tant est connue la finalité réelle de la démarche qui consiste à renvoyer le sujet de commissions en commissions, manière déguisée de perdre le sujet dans les méandres de l’administration parlementaire. Pour les écologistes, bien moins bruyants sur cette affaire que leurs alliés de circonstance du front de gauche, cela constitue également un revers, car ils auraient souhaité aller plus loin que cette loi, et ajouter aux conflits sociaux et syndicaux, les luttes et actions environnementales. Ce ne sera pas pour tout de suite, mais cela ne signifie pas pour autant que les combats et les opérations de terrain vont cesser.
 
Dans l’imaginaire collectif, l’écologie a le malheur d’être associée à ses franges les plus extrémistes, les « eco-warriors », qui mènent des actions coup de poing parfois violentes contre des pratiques qui ne le sont pas moins. Tout le monde a en mémoire les images de certaines pêches interdites ou de tests sur animaux en laboratoire. Mais l’écologie, c’est bien plus que cela et si elle commence malgré tout à irriguer une partie de nos comportements (tri sélectif, recyclage, économies d’énergies, utilisations d’énergies renouvelables…), elle reste largement desservie par une récupération politique dont on comprend mal l’objet, tant les contradictions sont nombreuses dans le discours EELV : Il est par exemple difficile de prétendre à la fois lutter contre les émissions de CO2 et le nucléaire, sans remettre en cause tout l’organisation énergétique de nos sociétés. L’Allemagne si souvent mise en avant sur cette question est ainsi le plus gros émetteur de CO2 en Europe. Il est politiquement discutable de se positionner en défenseur des emplois industriels à Aulnay-sous-Bois, lorsque l’on fait tout par ailleurs pour dégouter les Français de la voiture. Difficile de justifier sa présence aux côtés des syndicats, lorsque l’on souhaite faire fermer des centrales nucléaires, comme à Fessenheim. « L'"écologie" est en premier lieu une branche des sciences du vivant qui étudie les interrelations des espèces dans leur environnement [= l'écosystème]. L'écologie est comme toute science une méthode rationnelle de compréhension de la nature, elle est descriptive et analytique, elle n'est en rien normative. Elle n'a donc rien à faire en politique » peut-on lire sur un des blogs de Médiapart.
 
Parce qu’elle a un message à faire passer et une cause à défendre, il était prévisible et compréhensible que l’écologie passe du rang de science du vivant à celui de mouvement associatif ou lobbyiste. L’écologie est affaire de convictions et de préoccupations pour notre avenir. Mais ce qu’elle a gagné en visibilité médiatique sur la scène politique, elle l’a perdu en crédibilité et en lisibilité du discours par la même occasion. En intégrant la majorité au pouvoir, les mouvements écologistes, en premier lieu Europe Ecologie Les Verts, se sont pris au jeu des compromis et des compromissions, que ne tolère pas la défense d’une cause aux enjeux clairs et définis. Sommés de se prononcer sur des dossiers qui ne relèvent pas de leurs compétences premières (l’écologie dans la lutte syndicale par exemple), les écologistes du gouvernement et du parlement ont perdu de vue la finalité de leur lutte, l’idéologie et arrangement prenant le pas sur l’idéal et les valeurs. En perdant du terrain sur la question de sa légitimité à décider au sein du gouvernement, l’écologie a perdu en force de persuasion et de rassemblement. L’écologie a accepté sa place dans la cartographie politique, par opposition idéologique avec ceux qu’elle considère comme les partisans de l’économie ravageuse de la planète. L’écologie n’est pas plus de gauche que de droite, car les enjeux transcendent les clivages politiques. La promotion de l’écologie et du développement durable passera autant par l’action des ONG écologistes ou altermondialistes que par la contribution de grands groupes industriels français ou étrangers, qui seuls ont les moyens humains, techniques et financiers de concrétiser une transition énergétique que tout le monde appelle de ses vœux.
 
La question n’est plus tant de dénoncer des choix énergétiques réalisés il y a quarante ans que de travailler sur les solutions aux difficultés que ces choix vont imposer à l’avenir. L’écologie politique s’est fragilisée en France en acceptant de son plein gré « l’encartage » et une affiliation politique réductrice. Il existe un réel consensus autour de la nécessité de promouvoir et de construire une société entretenant des rapports différents avec le monde qui nous fait vivre. Mais la méthode pour y parvenir reste à écrire.




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