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29/04/2013

De l’ANCLI à Opcalia : combattre l’illettrisme, un autre enjeu de l’insertion

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L’année 2013 est celle de la lutte contre l’illettrisme. À l’occasion d’un discours prononcé le 17 janvier, le ministre de l’époque délégué à la Formation Professionnelle et à l’Apprentissage, Thierry Repentin, avait réaffirmé son soutien aux divers acteurs de la lutte contre ce fléau, depuis l’ANCLI jusqu’à Opcalia, qui s’investit tant au niveau des grandes entreprises comme Air France qu’auprès des centres pénitentiaires. Tour d’horizon de leurs actions.


En France, prêt d’un actif sur dix  ne maîtrise pas les savoirs de base que sont la lecture et l’écriture. Cette situation engendre des difficultés qui nuisent à la bonne marche des entreprises et peuvent s’avérer très handicapantes pour les salariés concernés en cas d’aléa professionnel. La lutte contre l’illettrisme est donc un défi de premier ordre pour l’équilibre social. Ministères, groupements d’intérêt public, organismes paritaires collecteurs agréés (OPCA) : nombreux sont les acteurs mobilisés sur ce dossier. Ils agissent en concertation, avec leurs moyens respectifs.

Le tabou de l’illettrisme en France

L’illettrisme ne connaît pas de frontières en France. En effet d’après l’INSEE, les adultes éprouvant des difficultés dans les domaines fondamentaux de l’écrit, de l’expression orale et du calcul étaient 930 000 individus en Ile-de-France en 2007. On en comptait 335 000 en région PACA en 2006, et 40 000 individus en Martinique en 2007. En France, 7 % de la population âgée de plus de 18 ans est concernée par l’illettrisme d’après les chiffres de l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme (ANLCI). Le phénomène est donc encore loin d’être éradiqué et pourtant, il demeure un véritable tabou dans notre société et nos entreprises.

Et pour cause : les salariés sujets à l’illettrisme s’en cachent et utilisent bien souvent des subterfuges pour passer inaperçus. « Ma vie était une chasse aux astuces », résume ainsi Jean-René, invité à témoigner de son quotidien de salarié dans les colonnes des Échos. « Lorsqu’il y avait des notes de service à lire, à force de questions tous azimuts, je finissais par avoir le contenu de l’information ». L’illettrisme est souvent vécu comme une honte par les salariés. Pourtant la situation n’est pas si dramatique : « il ne faut pas confondre illettrisme et analphabétisme », précise le secrétaire général de l’ANLCI Hervé Fernandez : « les personnes en situation d’illettrisme ont été scolarisées en France. Mais au fil des ans, elles se sont déshabituées des codes d’écriture et des chiffres ». Parmi les actifs touchés par l’illettrisme, l’ANLCI estime que 71 % parlaient uniquement français à la maison à l’âge de 5 ans, et que 50 % ont plus de 45 ans. Ils ne sont donc pas de nouveaux apprenants, mais ont simplement besoin de revoir et de consolider leurs fondamentaux.

Les pouvoirs publics se mobilisent

Afin de briser le cercle vicieux du désapprentissage, le ministre délégué à la Formation Professionnelle de l’époque, Thierry Repentin, avait souhaité faire de l’année 2013 l’année de la lutte contre l’illettrisme. Le ministre s’est donc tout naturellement rapproché de l’ANLCI pour défendre ce projet. Car outre sa surveillance continue de la situation de l’illettrisme en France, l’Agence est aussi devenue l’instance de référence concernant ce problème de société. Depuis sa création en 2000, ce groupement d’intérêt public fédère les acteurs clés de la lutte contre l’illettrisme. L’ANLCI est ainsi à l’origine de plusieurs partenariats, à l’image de la charte des bonnes pratiques pour le développement des actions de lutte contre l’illettrisme, signée conjointement par 23 grandes entreprises françaises.

L’ANLCI mène également ses propres actions directes de façon plus occasionnelle. L’Agence est par exemple à l’origine d’un outil de diagnostic de l’illettrisme. Nommé EVADO, cet outil se présente sous la forme d’un logiciel, accessible en Cloud, qui permet d’évaluer les difficultés de ses utilisateurs à mobiliser les savoirs de base au quotidien. Particulièrement utile dans le cadre de la collecte d’informations à distance, EVADO est l’outil de prédilection de l’ANLCI en tant que producteur de données nationales sur l’illettrisme.

1001 Lettres, le dispositif d'Opcalia
1001 Lettres, le dispositif d'Opcalia

Un acteur de proximité en pointe : Opcalia

Aux côtés de l’ANLCI, les OPCA (les « organismes paritaires collecteurs agrées ») se distinguent par l’intensité de leur mobilisation autour de la question de l’illettrisme. Principaux interlocuteurs de terrain des salariés et de leurs entreprises en matière de formation professionnelle, les OPCA constituent en fait l’un des principaux relais de l’ANLCI dans son action de lutte contre l’illettrisme. On les retrouve à ce titre dans les rangs des membres fondateurs de l’Agence. C’est par exemple le cas de FAF-Propreté. En 2000, cet OPCA a participé à la création de l’ANLCI. Depuis, elle a signé un accord-cadre et a organisé la formation de plusieurs centaines de salariés dans le cadre de son action contre l’illettrisme.

En partenariat avec l’ANLCI, OPCALIA a pour sa part développé le dispositif de formation 1001 Lettres. Initialement testé entre 2007 et 2009 dans quelques départements témoins, 1001 Lettres a rapidement connu un succès tel qu’OPCALIA en a fait l’une de ses prestations phares. En 80 heures, un salarié peut bénéficier d’une formation à toutes les compétences de base : de l’utilisation des chiffres et des lettres, à celle de techniques logiques et de mémorisation, en passant par la pratique de techniques d’expression ainsi que de certaines compétences professionnelles. Le programme se présente sous la forme d’un logiciel d’apprentissage complété par l’accompagnement individuel du salarié par un médiateur. Cette formule permet à OPCALIA de proposer une formation à distance, flexible et compatible avec l’emploi du temps des entreprises, tout en offrant aux salariés une aide spécifique à leurs besoins et à leurs difficultés propres.

À Orléans, plusieurs salariés de l’entreprise Document’Hom ont bénéficié de cette formation au début de l’année 2012. L’une des employées de cette entreprise témoigne : « j’ai voulu prouver que j’étais capable d’apprendre […] maintenant, j’arrive à rédiger mes courriers toute seule. Avant, je demandais de l’aide à ma fille ». Le programme 1001 Lettres s’impose ainsi comme une précieuse contribution aux efforts de l’ANLCI. Car il est le fruit d’une ingénierie en gestion de la compétence et d’un volontarisme affiché dont les résultats sont désormais visibles en métropole comme dans les DOM-TOM. Ainsi, dès l’année 2009, le directeur d’OPCALIA Mayotte Kadafi Attoumani rappelait qu'« entre 2007 et 2009, 1536 salariés ont été formés dans un ensemble de régions y compris les départements d’outre-mer, ces salariés venant d’entreprises de toute taille et de tout secteur ».

Partout en France des milliers d’actifs souffrent de leur difficulté à lire et à écrire. Ces professionnels, souvent très compétents au demeurant, mais vulnérables face aux changements ou aux accidents de parcours, déploient des trésors d’habileté pour compenser leur handicap. Mais permettre aux salariés de le surmonter définitivement est un enjeu social et économique. La lutte contre l’illettrisme progresse grâce à des efforts conjugués. Toutefois, plus ce mal est rare, plus il est difficile à détecter. Aussi son traitement devient-il de plus en plus complexe. Ce constat est d’ailleurs d’autant plus vrai à l’heure où l’ordinateur s’immisce dans tous les métiers. Cela amène en effet un autre problème aux responsables de la formation continue : un problème de communication élémentaire que certains professionnels n’hésitent plus à qualifier d’« illettrisme informatique ».
 





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